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Prière

Alors que j’écris ces lignes, j’écoute le Boléro de Ravel. Boléro, Ravel, je sais que cela ne te dis rien. Cette musique qui monte, enfle, roule (telle une marée qui surgit du fond de l’océan), tonne et assaille mes oreilles. C’est beau, magnifique, comme la vie qui naît, grandit et atteint son sommet dans la plénitude (je viens de baisser le son car mes voisins du dessus ne manquent jamais de me rappeler à l’ordre quand je suis « censé » faire trop de bruit).

 

Tu dois t’étonner de cette idée soudaine que j’ai de te parler musique, et peut-être m’en veux-tu ? Non ! Je n’ai aucunement envie de te blesser en te rappelant ta surdité, celle dont tu es atteint depuis ton enfance à la suite d’une grave méningite, elle-même consécutive à... etc. Je ne vais pas te rappeler tout ce que tu sais, que tu as failli mourir et que Monsieur le curé avait décidé que tu « partirais » avec ton habit d’enfant de chœur. Je viens de découvrir que ma vie tient à peu de chose, à ce que tu sois sorti quasi miraculeusement de ce coma dans lequel tu étais plongé. Mais tu n’en es pas sorti indemne.

 

Ce n’est pas facile pour un fils d’avoir un père sourd er pour un père d’avoir le sentiment de ne pas être entendu !

C’est pourquoi, pour un court instant, j’ai décidé de te prêter mes oreilles pour que tu puisses goûter cette musique qui est celle du bonheur qui arrive, qui vient, et qu’on peut saisir à pleines oreilles, à pleines oreilles !

 

Marcel Durand

Extrait d’ « Annales »

 Pour toi : Mon père (Le boléro)